La transition écologique : un choix de société

La transition écologique : un choix de société

Le réchauffement climatique d’origine anthropique ne devrait plus aujourd’hui être un sujet de débat ; mais à supposer même -comme certains le soutiennent encore- qu’un doute persiste, le principe de précaution, inscrit dans la charte de l’environnement intégrée au bloc de constitutionnalité, implique une nécessaire réflexion sur les conséquences du réchauffement et les conditions dans lesquelles nous entendons les appréhender.

En d’autres termes, le seul débat pertinent est celui de l’orientation que notre société souhaite prendre : voulons-nous ou non adopter les mesures qui s’imposent pour, d’une part, enrayer le phénomène en limitant le réchauffement climatique, d’autre part, nous adapter à ses conséquences ?

1.  Notre société est aujourd’hui confrontée à une prise de décision fondamentale et urgente.

La décision d’opérer ou non une transition écologique profonde -qui ne se fera pas sans bouleversement de nos modes de vie et sans contraintes- doit être prise par les citoyens en toute connaissance de cause.

L’éveil des consciences à la problématique du réchauffement climatique et l’éducation au développement durable constituent donc une condition sine qua non d’une transition réussie.

La première mission de l’Etat est d’imposer et d’accompagner cette formation au développement durable -dans le respect du principe de rigueur scientifique et débarrassée des mythes-, de la même façon qu’il s’est donné pour mission d’ancrer dans la société les grands principes de la laïcité.

Il est primordial d’éduquer les citoyens à l’environnement et au développement durable tout au long de leur vie : formation initiale (primaire, secondaire, supérieure), monde du travail (formation continue des artisans, renforcement de la culture RSE en entreprise,… ), citoyenneté (apprentissage de l’action collaborative, vulgarisation rigoureuse et médiatisation des problématiques environnementales à l’intention des personnes les moins bien informées)….. Cet impératif d’éducation était déjà très clairement exposé dans un avis rendu par le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) daté de décembre 2013.

2. Une fois posée l’hypothèse que notre société a fait le choix conscient et raisonnable de prendre les mesures qui s’imposent, il faut faire le constat que des solutions existent déjà.

Il est temps de s’emparer des nombreuses propositions constructives dégagées par les citoyens individuellement, les associations, les institutions, les entreprises, les collectivités,…

Des solutions foisonnent dans tous les domaines :

  • Au plan technique :
  • isolation et amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments existants ;
  • développement des énergies locales et renouvelables ;
  • développement des véhicules individuels légers et peu consommateurs d’énergies ; …
  • Au plan organisationnel :
  • soutien d’une production agricole et industrielle raisonnée et relocalisée (l’augmentation des émissions de GES générées par cette relocalisation devant être compensée par l’amélioration des conditions de production, les efforts réalisés dans d’autres secteurs, la réduction des transports et de l’impact des importations, …) ;
  • développement de l’offre de transports en commun à un coût réduit ;
  • développement de la continuité des réseaux cyclables ;
  • planification de mesures à l’échelle des collectivités locales ;
  • développement du travail à distance ; …
  • Au plan économique et financier :
    • intégration de la valeur de l’action pour le climat et du gain écologique dans l’évaluation de la rentabilité des activités économiques et mesures incitatives associées ;
    • taxe carbone et plus généralement fiscalité écologique dissuasive pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles et aux activités émettrices de GES ; affection des recettes de cette fiscalité exclusivement et de façon transparente aux mesures de transition (isolation, énergies renouvelables, transports, …) et à l’aide des personnes économiquement les plus impactées par les contraintes générées ;
    • financement des mesures de transition au moyen, notamment, du Pacte Finance Climat proposé par l’association Agir pour le Climat ; ….
  • Au plan international :
  • refondation de l’unité de l’Union Européenne autour du principe de transition écologique et adoption du Pacte Finance Climat ;
  • Adoption par les Nations Unies et mise en application au plan local du Pacte Mondial pour l’Environnement, proposé par le Club des Juristes afin de doter la communauté internationale d’un cadre général contraignant au-delà des accords sectoriels existants ; ….

L’adoption de solutions pérennes dépend de la volonté de tous de consentir aux efforts qui s’imposeront, mais c’est à l’Etat -expression et organe exécutif de cette volonté collective- qu’il appartient d’analyser la pertinence des solutions proposées, d’opérer des choix, puis d’accompagner leur mise en œuvre cohérente dans la durée.

A cet égard, le paradoxe est que si nous sommes face à une situation d’urgence, les mesures qui s’imposent doivent s’inscrire dans le long et le très long terme. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation : aucune solution rapide et à court terme ne doit être prise sous la pression de l’opinion public ou des lobbys ; l’alternance politique ne doit pas conduire à l’adoption de mesures versatiles et à la succession de décisions aux effets antagonistes.

Enfin, le fil d’Ariane des options à retenir doit être la réalisation d’une évaluation environnementale préalable et systématique à toute décision politique ou économique, quel que soit le domaine concerné, sous le contrôle vigilant et renforcé du CESE et du Haut Conseil pour le Climat.

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